1 — Pourquoi gérer ses stocks ?
Gérer ses stocks, c'est trouver le bon équilibre : trop de stock immobilise la trésorerie et génère de la démarque ; pas assez provoque des ruptures et des ventes perdues.
💡 Fil rouge : « Le Comptoir des Halles » — une supérette de 420 m², ouverte 7j/7.
Trois enjeux
- La disponibilité et le chiffre d'affaires : un produit absent, c'est une vente perdue et un client déçu.
- La trésorerie et la démarque : le stock est de l'argent immobilisé, qui peut se périmer ou se casser.
- L'espace de réserve : la place est limitée, il faut donc l'utiliser au mieux.
Le stock a un coût : quatre familles de dépenses
💰 Coûts de possession
Détenir du stock dans le temps
L'argent immobilisé dans la marchandise, les locaux et leur sécurité, et le suivi du stock.
🛒 Coûts de manutention
Manipuler la marchandise
La main-d'œuvre, les équipements comme les transpalettes et les rolls, et l'entretien du matériel.
❄ Produits périssables
Nature du produit
La chaîne du froid, une démarque plus fréquente et les contrôles qualité.
⚠ Coûts liés aux risques
Aléas permanents
La démarque inconnue, la détérioration de la marchandise, les accidents et les pannes.
2 — Les trois indicateurs clés
Trois indicateurs pour piloter un produit : combien il se vend, combien de temps il reste, à quelle vitesse il tourne.
VM = Ventes de la période ÷ Nombre de jours
Vente moyenne par jour
DMS = Stock moyen ÷ VM
Durée moyenne de stockage · stock moyen = (Stock initial + Stock final) ÷ 2
TR = Ventes de la période ÷ Stock moyen
Taux de rotation · nombre de fois que le stock se renouvelle
TR élevé = produit dynamique, stock qui tourne. TR faible = produit lent, risque de surstock. Un TR se juge toujours au regard du délai de réapprovisionnement et du type de produit — il n'est ni bon ni mauvais en soi.
Eau 50 cl : stock initial 320, stock final 180, 600 ventes sur 30 jours → stock moyen 250, VM 20 unités par jour, DMS 12,5 jours, TR 2,4 sur 30 jours.
💡 Les quatre seuils de stock se calculent sur les ventes prévues, c'est-à-dire sur ce que l'on attend, et non sur la moyenne brute des mois passés. On recale cette prévision à chaque saison et à chaque promotion : au Comptoir des Halles, la demande monte d'environ 30 % pendant les fêtes et retombe de 20 % au mois d'août.
3 — La gestion des ruptures
Au-delà de la vente perdue, une rupture abîme la relation client — un effet durable et coûteux.
Impacts sur la clientèle
😕 Déception
Le client ne trouve pas le produit attendu
🛡 Perte de confiance
Les ruptures répétées créent une image d'instabilité
🔁 Changement d'enseigne
Le client va sécuriser ses achats ailleurs
Causes fréquentes
- Commande insuffisante — quantité basée sur l'habitude, pas sur les chiffres.
- Suivi de stock erroné — stock informatique faux : casse ou vol non saisis, erreur de scan.
Mesurer les ruptures
Taux de rupture = (Références en rupture ÷ Références gérées) × 100
Taux de disponibilité = (Références disponibles ÷ Références gérées) × 100
Taux de rupture sur la période = (Jours de rupture ÷ Jours de la période) × 100
Il révèle les références qui manquent régulièrement, et pas seulement le jour du relevé
Ventes perdues estimées = Quantités manquantes estimées × Prix de vente
Il chiffre en euros ce que la rupture a coûté sur la période
⚠ Repère : un taux de rupture supérieur à 5 % est déjà élevé et impose de réapprovisionner en priorité. La cible habituelle est un taux de disponibilité supérieur ou égal à 95 %.
4 — Les états de stock
Du théorique au réel
Stock théorique = Stock initial + Entrées − Sorties
Calculé par le système à partir des saisies
Écart = Stock réel − Stock théorique
Réel = comptage physique · négatif = manque
⚠ Un écart = démarque (casse, vol, erreur de saisie). On régularise : le théorique est recalé sur le réel — c'est cette base fiabilisée qui sert aux jours suivants.
Les quatre seuils
Stock de sécurité = Ventes moyennes × Jours d'aléa
C'est le plancher que l'on ne touche pas : la réserve constituée pour absorber un imprévu. Il doit être reconstitué dès que la livraison arrive.
Stock minimum = (Ventes moyennes × Délai) + Stock de sécurité
Il couvre les ventes pendant toute la durée du délai de livraison du fournisseur. En dessous, la rupture arrivera avant la prochaine commande.
3
Le stock d'alerte, ou point de commande
Stock d'alerte = Ventes moyennes × (Délai + Traitement) + Stock de sécurité
C'est le seuil qui déclenche la commande. Il est le seul des quatre niveaux à imposer un acte immédiat.
Le stock d'alerte n'est pas le stock minimum : dès qu'il existe un temps de traitement interne, c'est-à-dire le temps de préparer et de transmettre la commande, l'alerte passe au-dessus du minimum. Lorsque ce temps est nul, les deux seuils sont égaux.
Stock maximum = Ventes moyennes × (Délai + Fréquence) + Stock de sécurité
C'est le plafond à ne pas dépasser. La fréquence est l'intervalle entre deux livraisons du fournisseur. Au-delà de ce plafond, le stock immobilise de l'argent sans améliorer la disponibilité du rayon.
Le stock physique et le stock de position
Stock de position = Stock physique + Quantités commandées non encore reçues
Le stock physique est ce qui est réellement dans le magasin, en rayon comme en réserve
Le stock physique répond à la question du client : le produit est-il disponible tout de suite ? C'est lui qui fait la disponibilité du rayon, mais ce n'est pas lui qui décide du réapprovisionnement, car il oublie tout ce qui a déjà été commandé et qui est encore en cours de livraison.
Le stock de position ajoute au stock physique les quantités déjà commandées au fournisseur et pas encore livrées, celles que la feuille de stock inscrit dans la colonne « en-cours ». Il répond à une autre question : en tenant compte de ce qui est déjà commandé, la référence est-elle encore couverte ?
Jus d'orange, sixième jour : 45 bouteilles en rayon et 108 attendues → position = 45 + 108 = 153 unités. L'alerte est à 60 : tant que la position la dépasse, aucune commande n'est à passer.
⚠ Toutes les décisions de commande se lisent sur le stock de position, jamais sur le seul stock en rayon. Tant qu'aucune commande n'est en cours, les deux se confondent. Commander une seconde fois sur un rayon bas alors qu'une livraison est déjà en route reste l'une des premières causes de surstock.
Lire l'échelle et décider
| État | Décision |
| La position dépasse le maximum | Suspendre les commandes, chercher la cause du côté des prévisions ou d'une commande passée en double, puis écouler par une mise en avant. |
| Entre l'alerte et le maximum | Zone normale : aucune commande, mais on surveille l'évolution des ventes moyennes et on prépare la commande à venir. |
| La position atteint l'alerte | Commander le jour même, en remontant jusqu'au stock maximum. |
| Entre la sécurité et l'alerte | Le seuil a été franchi sans commande, ou la livraison a pris du retard : commande d'urgence ou relance du fournisseur, et l'équipe est informée. |
| La position passe sous la sécurité | La réserve est entamée : prévenir le responsable, passer une commande urgente et proposer un autre produit au client. |
La quantité à commander
Quantité = Stock maximum − Stock de position
Puis on arrondit au conditionnement du fournisseur, toujours au colis supérieur
🎯 À retenir : on recomplète jusqu'au plafond à partir de la position, et non à partir du stock attendu le jour de la livraison. Le stock maximum a justement été calculé pour couvrir le délai du fournisseur et la fréquence des livraisons : ajouter les ventes du délai reviendrait à les compter deux fois, et le surstock serait permanent.
5 — Tracer et fiabiliser
C'est la traçabilité qui fiabilise le stock théorique : chaque mouvement doit produire une saisie.
▮▮▮ Code-barres EAN-13
« Quel produit ? »
Identifie le produit à la caisse et en réception. Ne dit rien du lot ni de la date.
▦ DataMatrix (GS1)
« Quel lot, jusqu'à quand ? »
Là où l'EAN ne dit que « quel produit », le DataMatrix regroupe plusieurs données dans un seul code. Chacune est introduite par un identifiant GS1 — un petit préfixe normalisé qui indique au scanner la nature de la donnée qui suit :
- 01 → le produit (le code article)
- 10 → le numéro de lot
- 17 → la date limite (DLC / DDM)
C'est ce qui permet, en cas de problème, un rappel de lot ciblé plutôt que de retirer tout le produit.
📡 RFID
Lecture sans contact
Se lit par onde radio, sans visée, à travers le carton et plusieurs unités à la fois. Frein : le coût de l'étiquette.
🖥 ERP — logiciel de gestion
Consolide les saisies
Additionne les saisies (codes, RFID), recalcule le stock théorique à chaque mouvement, le compare aux seuils et alerte. Il n'observe pas le rayon : une casse non saisie y reste comptée — d'où l'inventaire tournant.
6 — Toutes les formules
| Indicateur | Formule |
| Vente moyenne (VM) | Ventes de la période ÷ Nombre de jours |
| Stock moyen | (Stock initial + Stock final) ÷ 2 |
| Durée moyenne de stockage (DMS) | Stock moyen ÷ VM |
| Taux de rotation (TR) | Ventes de la période ÷ Stock moyen |
| Taux de rupture | (Références en rupture ÷ Références gérées) × 100 |
| Taux de disponibilité | (Références disponibles ÷ Références gérées) × 100 |
| Taux de rupture sur la période | (Jours de rupture ÷ Jours de la période) × 100 |
| Ventes perdues estimées | Quantités manquantes estimées × Prix de vente |
| Stock théorique | Stock initial + Entrées − Sorties |
| Écart d'inventaire | Stock réel − Stock théorique (négatif = manque) |
| Stock de sécurité | VM × Jours d'aléa |
| Stock minimum | (VM × Délai) + Stock de sécurité |
| Stock d'alerte | VM × (Délai + Traitement) + Stock de sécurité |
| Stock maximum | VM × (Délai + Fréquence) + Stock de sécurité |
| Stock de position | Stock physique + Quantités commandées non encore reçues |
| Quantité à commander | Stock maximum − Stock de position (arrondie au colis supérieur) |
Prévoir→Mesurer→Décider→Agir
Ce qu'il faut retenir
1
Le bon stock, ni trop ni trop peu
Trop de stock immobilise la trésorerie et fait grossir la démarque ; pas assez de stock crée la rupture et la vente perdue.
2
Le théorique se fiabilise par la saisie
Chaque mouvement doit être saisi ; l'inventaire tournant recale le théorique sur le réel.
3
Les seuils déclenchent l'action
Le stock d'alerte déclenche la commande, la zone de rupture imminente appelle une commande d'urgence et le surstock impose de suspendre les commandes. La décision se lit toujours sur le stock de position, et la commande remonte jusqu'au stock maximum.